Le sommet de l’État nous explique que l’insécurité à l’Est rend les élections de 2028 impossibles. Pourtant, un grand référendum pour changer la Constitution est annoncé pour 2027. Analyse d’un paradoxe qui questionne l’avenir de notre nation.
L’analogie du “Père de famille”
Imaginez un père de famille qui refuse de payer le repas de Noël à ses enfants faute de moyens, mais qui rentre le lendemain avec une télévision neuve et coûteuse. Que diriez-vous ? C’est exactement le paradoxe que vit la République démocratique du Congo aujourd’hui. D’un côté, la guerre est un obstacle infranchissable à la démocratie ; de l’autre, elle devient invisible quand il s’agit de changer les règles du pouvoir.
Un verrou juridique inviolable : l’Article 219
Au-delà de la morale, il y a la Loi. Notre Constitution de 2006 a prévu des garde-fous pour protéger la nation en temps de crise :
• L’Article 219 interdit formellement toute révision constitutionnelle pendant l’état de siège ou d’urgence.
• L’Article 220 sanctuarise le nombre et la durée des mandats présidentiels.
Actuellement, le Nord-Kivu et l’Ituri sont sous état de siège. Organiser un référendum aujourd’hui n’est pas seulement une incohérence politique, c’est une violation constitutionnelle majeure.
Le dilemme du pouvoir
Le pouvoir est face à un mur logique :
1. S’ils lèvent l’état de siège pour faire le référendum, ils admettent que la situation n’est plus si grave, ce qui annule l’argument pour reporter les élections.
2. S’ils maintiennent l’état de siège, ils ne peuvent légalement pas toucher à la Constitution.
Une nation divisée est une proie pour l’ennemi
Pendant que Kinshasa se bat sur des virgules constitutionnelles pour un éventuel troisième mandat, nous offrons un cadeau inespéré à nos agresseurs. Une maison divisée ne peut pas résister à un assaut extérieur. En voulant changer le “contrat social” sans inclure nos frères de l’Est — qui ne peuvent pas voter sous l’occupation — nous actons symboliquement leur exclusion de la nation.
Conclusion : La souveraineté ne peut pas être à géométrie variable
Si la guerre empêche de voter pour un homme, elle doit, à plus forte raison, empêcher de changer le destin de toute une nation. Défendre la Constitution aujourd’hui, c’est refuser que la RDC soit dépecée par les ambitions politiques pendant que son territoire est menacé par les armes.
